Je viens de finir Agostino d’Alberto Moravia. J’ai adoré cette petite histoire cruelle d’un jeune garçon qui découvre, le temps d’un été, en compagnie d’une bande de petites frappes, le sexe, la violence, sa condition sociale (accessoirement la leur), et également le fait que sa mère est aussi une femme.
Alberto Moravia
Ce roman peut être lu de différentes façons, j’imagine que les interprétations freudiennes et marxistes (ces deux influences ayant été fortes sur Moravia) ont nourri pendant quelques temps déjà la critique littéraire. J’ai lu ce texte différemment; quand je dis différemment, c’est-à-dire que j’ai eu une vision girardienne de ce roman. Agostino est victime de ce que Girard appelle la rivalité mimétique. Tout d’abord, il possède sa mère, il l’a pour lui tout seul, car elle est veuve et il est fils unique. Vient un rival en la personne d’un jeune homme avec qui la mère a une liaison. Agostino devient jaloux, car le jeune homme lui vole sa mère en quelque sorte. Il est intéressant de voir que c’est parce que le même objet est convoité par deux rivaux (la mère par le jeune homme et par son fils) que la violence s’installe: en effet, Agostino va commencer à rechercher la compagnie ‘avilissante’, comme elle est décrite dans le livre, d’une bande de jeunes fils de pêcheurs, violents et grossiers. Agostino se fera rembrouer, battre, subira les affronts les plus durs, mais restera avec cette bande car elle lui fourni un modèle alternatif avec lequel il pense pouvoir surmonter la rivalité mimétique, tout en ne comprennant pas que c’est justement en s’attachant à fréquenter ces jeunes qu’il développe cette rivalité, et joue le jeu dangereux de la violence.
Agostino est l’histoire d’un engrenage. L’histoire d’un adolescent pris dans les dérives de sa jeunesse et paralysé par les doutes du changement. Agostino est une lecture essentielle.
Alberto Moravia, Agostino, Garnier Flammarion, 5,30 euros.


François Bégaudeau, Vers la douceur, Verticales, 16,90 euros.
Tristan Ranx (à droite)
Dado, Montenegro, pointe sèche, 50 × 40 cm, 1974.
Branimir Scepanovic, La bouche pleine de terre, Editions du Rocher, Coll. Motifs, 5,50 euros.

Mort au romantisme, Antoni Casas Ros, Gallimard, 13 euros.


Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre, Gallimard “L’imaginaire”, 7,50 euros.
Joseph Conrad, Lord Jim, Oxford World’s Classics