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Une « Ode » au Chaos: Chroniques de la dernière révolution d’Antoni Casas Ros

mars 24, 2014 Laisser un commentaire

Dans le monde entier, des jeunes gens se réunissent en secret en haut de bâtiments et se jettent dans le vide, se sacrifiant afin de protester contre un ordre mondial fascisant. Ils suivent le mouvement Flying Freedom initié par la mystérieuse Y, leader mystique et invisible dont le nom, ou plutôt la lettre qui la représente, rappelle graphiquement le sexe féminin. Car selon Casas Ros, « l’ordre est masculin, l’anarchie est féminine » (p.19). Parallèlement aux Freedom Flyers, les Chroniqueurs, d’autres jeunes personnes, sont envoyés de par le monde afin de rendre compte fidèlement des exactions des gouvernements fascistes qui nous dirigent.

 

« AVEZ-VOUS CONSCIENCE QUE TOUT S’EFFONDRE ?[1] » Au début du roman, Ulysse, un jeune homme, rencontre Lupa, une Chroniqueuse, et ils s’embarquent dans une (en)quête pour trouver Y et assister à la dernière révolution évoquée dans le titre du roman, c’est-à-dire la fin de la civilisation capitaliste. Ils voyageront de Nice jusqu’en Amérique, à New York, où se terrent dans les entrailles chtoniennes d’un cinéma abandonné (le Rialto) Aerik Von, un guitariste de heavy metal, Cybèle, déesse négative et invisible, ses panthères et serpents et Waldo, un agent infiltré du FBI (qui devient ironiquement pour l’occasion le Fabulous Bureau of Interconnexion), pour finalement atterrir (littéralement) dans un Mexique fantasmatique et fantasmé sur lequel plane l’ombre du grand Quetzacoatl. Car si au début du roman il est question de terrorisme nihiliste, on passe rapidement à une ode au chaos, une élégie de l’anarchie sociale, personnelle et sexuelle.

Les Chroniques de la dernière révolution sont narrées par une multitude de narrateurs ou de points de vue : on passe ainsi de chapitres racontés du point de vue d’un des protagonistes à des chapitres qui sont des témoignages d’autres Chroniqueurs de la déliquescence du monde, à enfin des extraits de journaux (p.177). L’effet est vertigineux: la multiplicité des voix donne l’impression d’un Chœur quasi-tragique qui submerge le lecteur. Seul problème: le vertige donne souvent le haut-le-coeur…

Antoni Casas Ros est un auteur obsédé par les corps. Depuis son premier roman, Le théorème d’Almodovar, Casas Ros explore le « dérèglement de tous les sens » cher à Rimbaud, et nous en trouvons un nouvel exemple dans les Chroniques. Perdus dans un Mexique transformé grâce à l’effet du peyotl, les personnages se font l’écho d’un appel lancé par l’auteur, qui est en filigrane dans tous ses livres : avoir une sexualité universelle (« Notre problème, c’est que nous n’avons de sexualité qu’avec les humains. Je milite pour la cielophilie, l’arbrophilie, la pierrophilie, la sensoriophilie. Avoir un contact total du corps avec toute chose. Lécher l’univers tout entier, comme un bébé glouton, avant de poser la langue sur un sexe[2]»). Amis lecteurs, voici une preuve que le ridicule en littérature ne tue pas.

En dernier lieu, ces Chroniques de la dernière révolution sont un roman raté. A force de vouloir faire percevoir l’effondrement de la civilisation au lecteur, via la déconstruction du récit, le dérèglement des sens des personnages (le personnage de Waldo est exemplaire dans ce cas) et la reconstruction de nouvelles valeurs, Antoni Casas Ros nous perd par un style animé par un lyrisme exacerbé, une mauvaise imitation du Burroughs du Festin nu,  par des considérations politiques adolescentes[3] (nos gouvernements sont fascistes) quand le récit ne tombe tout bonnement pas dans l’absurde et le ridicule complets (cf. le suicide en masse de chats, ou de bébés qui sautent de fenêtres, ou bien encore le personnage de Violetta, qui guérit les aveugles grâce à son vagin[4]…).

D’une idée originale, Antoni Casas Ros n’a finalement produit qu’un roman assez faible, bien moins intéressant que son recueil de nouvelles Mort au romantisme, ce qui nous fait penser que l’auteur a plus à gagner à se consacrer à la forme courte de la nouvelle plutôt qu’à vouloir imiter les grands romans métaphysiques de Bolaño ou Sabato.


[1] Chroniques de la dernière révolution, p.32

[2] Ibid., p.184

[3] « Dès qu’il y a un ordre, la dictature s’installe. » p.18

[4] Ibid., p.251

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Rentrée littéraire: les livres que j’ai envie de lire

août 26, 2011 1 commentaire

En ces temps de rentrée littéraire, il faut savoir faire le tri des livres qui arrivent dans les librairies, et souvent (pour moi, en tout cas), ce sont les livres que j’attends avec impatience que je lirai en premier. Lesquels sont-ils?

Emmanuel Carrère, Limonov

Je suis ‘fan’ d’Emmanuel Carrère depuis plusieurs années déjà, depuis que je suis tombé par hasard sur Un roman russe, et que j’ai par la suite dévoré plusieurs de ses autres romans. Limonov semble être un grand Carrère. Sa lecture nous le prouvera.

Présentation de l’éditeur:

« Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

Les premières pages du roman sont consultables sur le site de P.O.L.

Sortie en septembre, 496 pages, 20 €

Antoni Casas Ros, Chroniques de la dernière révolution

J’ai découvert Antoni Casas Ros avec Le théorème d’Almodovar, puis j’ai continué à le lire lorsque son recueil de nouvelles Mort au romantisme est paru, puis Enigma, son deuxième roman. Même si je me dois d’émettre quelques réserves sur ce deuxième roman, il faut avouer que Casas Ros est très certainement l’un des plus grands stylistes d’aujourd’hui et la sortie d’un nouveau roman, au titre si intriguant, me donne très envie de lire ce livre.

Présentation de l’éditeur:

« Splendeur des corps nus qui s’approchent du parapet sur lequel ils montent. Dernières secondes de silence. Ils redescendent, prennent du recul, une dizaine de mètres. Ils s’embrassent les uns et les autres puis chacun prend ses marques et dans un cri : « Freedom ! » ils s’élancent franchissent le parapet, et se jettent dans le vide. Le toit désert. Je me penche et vois les corps nus voltiger, certains plus loin que d’autres. Des cris instinctifs, des visages qui se lèvent vers le ciel et voient cette pluie de corps libres qui vient percuter l’asphalte dans un bruit mat. D’autres cris s’élèvent. Seuls les corps disloqués et sanglants ont atteint le grand silence. Je vomis, mon corps se met à trembler. »

Je suis Chroniqueuse. J’ai dix-huit ans. Je vis à Barcelone. Vendredi soir. Je vais à une fête. Les images du sacrifice des membre de Flying Freedom passent en boucle sur toutes les chaînes de télévision, sur les blogs. Plus de sept mille blogs créés depuis l’événement londonien. Les tours, les ponts, tous les lieux desquels on pourrait se jeter sont surveillés. Des hélicoptères coupent le ciel de leurs pales. Flying Freedom a éclipsé le terrorisme. Le ciel n’est pas contrôlable.

En librairie le 8 septembre 2011, 320 p., 17 € 90.

Boualem Sansal, Rue Darwin

Le village de l’allemand, le précédent roman de Boualem Sansal, a été une lecture bouleversante. Cet auteur algérien vaut véritablement la peine d’être (re)connu pour ses écrits courageux et lucides. J’attends énormément de ce nouveau roman.

Présentation de l’éditeur:

« Je l’ai entendu comme un appel de l’au-delà : « Va, retourne à la rue Darwin. »
J’en ai eu la chair de poule.
Jamais, au grand jamais, je n’avais envisagé une seule seconde de retourner un jour dans cette pauvre ruelle où s’était déroulée mon enfance. »
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.
Une figure domine cette histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère installée dans son fief villageois, dont la fortune immense s’est bâtie à partir du florissant bordel jouxtant la maison familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger. L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.

Encore une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur dont les héros sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui s’étend… Rue Darwin est le récit d’une douleur identitaire, génératrice du chaos politique et social dont l’Algérie peine à sortir.

En librairie le 25 août 2011, 256 p., 17 € 50.

Et vous, quels sont les romans que vous attendez pour cette rentrée littéraire?