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La rupture selon Matzneff

décembre 4, 2009 Laisser un commentaire

Je viens de finir le beau livre de Gabriel Matzneff (décidément, quelle plume!) intitulé De la rupture. L’élégance de la prose n’y dispute qu’à la clarté des idées, la profondeur des réflexions et la richesse des références (volontairement tirées de la Bible ou des grands auteurs de l’Antiquité). Ce volume est un essai, ou plutôt un petit manuel consacré à la rupture sous toutes ses formes (rupture amoureuse, divorce, mort (qui est une rupture d’avec la vie)) et Matzneff devient, le temps d’une lecture, notre « professeur d’égoïsme », tel qu’il se définit lui-même. Ainsi, nous apprendrons comment rompre, comment réagir après une rupture, voire même comment écrire une (belle) lettre de rupture à l’être auparavant aimé (avec modèles de lettres en annexes du livre!).

Ecrit à son filleul, mais valable pour tout lecteur avide d’en savoir plus sur la rupture, ce livre éblouit par un style éclatant, un esprit et un style limpides, et un humour sûr. Je ne saurais trop en conseiller sa lecture, du moins pour que chacun soit prêt à affronter ce phénomène qui nous atteint tous un jour ou l’autre, et qui en définitive nous fera rompre, lorsque l’hiver aura fini d’étouffer nos dernières braises, de cette vie tant chérie.

Gabriel Matzneff, De la rupture, Rivages poche, 12,31 euros.

Gabriel Matzneff, l’enthousiasmant

août 16, 2008 Laisser un commentaire

Soyons des torches en feu.

Gabriel Matzneff

Je sors littéralement enthousiasmé de ma lecture de Comme le feu mêlé d’aromates par Gabriel Matzneff. Autant j’avais eu  récemment un peu de mal avec un de ces romans (cf. infra), autant je suis encore, à peine le livre refermé, ivre de la beauté des mots qui s’y trouvent écrits et agencés de la manière la plus élégante qui soit.

L’argument de cet essai, ou plutôt ‘récit’, de 1969, est, selon son auteur, une « réponse de l’orthodoxie à la crise du monde moderne » (p.170) – et effectivement, Matzneff nous parle de ses liens avec la religion, mais aussi de ses doutes, de sa vision de l’amour et de la sexualité, pas toujours conforme à ce qu’on attendrait d’un croyant orthodoxe. C’est un essai flamboyant, érudit, porté par un style rare.

Je pourrais prétendre vous faire un résumé en longueur de l’ouvrage, mais cela ne lui rendrait pas justice. Je préfère ainsi vous faire lire un extrait (p.151):

« Et toi, Méditerranée, mère des dieux, principe de génération, qui apportes la fraîcheur, toi qui apaises, qui pardonnes et qui oublies, toi où j’ai si souvent vogué vers de lointaines Héspérides, toi que j’ai sillonée en tous sens, continue de m’être propice; fais qu’au jour choisi par la divinité ce soit sur ton rivage que je m’endorme, parmi l’éternité verte de tes myrtes, m’abandonnant enfin aux filles à ailes d’oiseaux, démons consolateurs des abîmes marins, qui par leur chant harmonieux inspirent l’amour des choses célestes aux âmes errantes des trépassés; accorde-moi d’être dans la mort aussi heureux que, grâce à toi, je l’aurai été dans la vie. »

Gabriel Matzneff, Comme le feu mêlé d'aromates, ed. La Table Ronde, coll. La petite vermillon