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Intertextualité, plagiat et cheeseburger: D’un faux problème littéraire

août 26, 2011 3 commentaires

Je n’ai pas lu Ticket d’entrée de Joseph Macé-Scaron. Je préfère le dire tout de go, car l’auteur de ce livre – qui aujourd’hui a créé une véritable tempête dans le petit verre d’eau du monde littéraire français – est soupçonné de plagiat. Macé-Scaron a recopié des passages entiers de divers livres (celui de Bill Bryson et Jay McInerney, The Good Life) et les a incorporés dans son roman. Les sites Acrimed et Arrêt Sur Images ont « tiré la sonnette d’alarme », selon le jargon journalistique, et se sont livrés à un « décryptage » du plagiat en question…

Il est vrai que les passages cités sont accablants et que la défense de Macé-Scaron n’est pas très convaincante, même s’il a raison; en effet, le directeur du Magazine Littéraire est tout à fait dans son droit lorsqu’il évoque l’intertextualité (« La littérature ne s’écrit pas ex-nihilo, les auteurs se nourrissent les uns des autres et l’ont toujours fait. »(1)), le seul problème étant la valeur littéraire de ces « emprunts ». Des clins d’œil d’un auteur à un autre, des références tacites, des jeux littéraires, bien évidemment que la littérature en est remplie. Heureusement pour le lecteur attentif et cultivé qui multiplie ainsi son plaisir de lecture! Mais qu’en est-il des extraits recopiés par Macé-Scaron?

Exemple, tiré de l’article d’Acrimed:

Macé-Scaron, p. 222 :

Il aimait quand le serveur dans un restaurant l’informait qu’il s’appelait Bill et serait à sa disposition pour le servir toute la journée. Dans ce cas, je devais me retenir pour ne pas lancer : « C’est d’un cheeseburger que j’ai besoin, Bill, pas d’une liaison ».

Bryson, p. 187 :

Notamment quand le serveur m’informe que son nom est Bob et qu’il sera à ma disposition pour me servir toute la soirée, je dois me retenir pour ne pas lui lancer : « C’est un cheeseburger que je veux, Bob, pas une liaison ».

Etait-il nécessaire de recopier ce passage, Monsieur Macé-Scaron? Est-ce un ‘clin d’œil’ à Bill Bryson, auteur pas bien connu en France et donc très facilement ‘recopiable’, ou tout simplement quelques lignes de remplissage facilement trouvées? Quel est l’intérêt de faire un « clin d’œil » caché à un auteur que peu de gens connaissent? Sauf si l’on souhaite recopier des passages sans citer l’auteur réel – et là nous sommes en face d’un véritable plagiat.

Qu’en est-il du passage de McInerney? Le Nouvel Obs nous donne le passage incriminé:

 «Ticket d’entrée», Macé-Scaron:

«Moi, ce que je voudrais, c’est me retrouver sur la plage du Lido. Sur la plage comme quand j’avais six ans et que personne n’était mort, et je voudrais que ce printemps italien ne s’arrête jamais. J’avais l’impression que c’était comme ça, que ça durerait pour toujours et que jamais rien de mal n’arriverait.»

«la Belle vie», McInerney:

«Moi, ce que je voudrais, c’est me retrouver sur la plage. Sur la plage comme quand j’avais six ans et que personne n’était mort, et je voudrais que l’été ne s’arrête jamais. J’avais l’impression que c’était comme ça, que ça durerait pour toujours et que jamais rien de mal n’arriverait.»

Il est plus difficile de recopier du McInerney, surtout un extrait d’un des ses livres les plus connus, sans qu’on s’en rende compte. Alors, clin d’œil littéraire? Possible, mais bien maladroit. On pourrait même croire que Macé-Scaron a trouvé la phrase de McInerney tellement belle qu’il a voulu… se l’approprier.

Et pourquoi pas? Comme je dis souvent, les bons artistes empruntent, les grands artistes volent. Et généralement, le grand artiste prend ce qui l’intéresse et le transforme tellement que cela en devient une création nouvelle. Si les plagiats de Macé-Scaron ont été trouvés, ce n’est pas qu’ils sont mauvais en soi, c’est qu’il n’a pas su mieux les cacher et les transcender.

Le problème est que Monsieur Macé-Scaron est un bon artiste, mais pas un grand artiste.

1- Source AFP.

Dernière minute! Houellebecq n’aurait pas plagié Wikipédia.

novembre 26, 2010 Laisser un commentaire

(Copyright Benoit Tessiers/ Reuters)

 

C’est une information qui vient de tomber: Michel Houellebecq, soupçonné d’avoir plagié des articles entiers de l’encyclopédie participative en ligne Wikipédia dans son dernier roman La Carte et le territoire (Prix Goncourt 2010), est enfin lavé de tout soupçon. En effet, la conclusion d’analyse génétique menée par un collège d’universitaires spécialisés en stylistique met en lumière que ce ne serait pas M. Houellebecq qui aurait plagié Wikipédia, mais bien Wikipédia qui aurait plagié Houellebecq. Le style sans relief, froid, encyclopédique, soporifique de l’auteur se retrouve dans beaucoup d’articles du site bien connu des internautes pour ses informations sûres et toujours vérifiées. Comme M. Houellebecq écrit depuis plus longtemps que n’existe Wikipédia, il est logique que le plagiat se trouve du côté de l’encyclopédie en ligne. A cette heure, encore aucune réaction au siège américain de Wikipédia, mais l’avocat de M. Houellebecq a fait savoir par voie de presse que l’auteur souhaitait porter plainte pour « plagiat et dégradation de la personne morale de l’auteur ». A suivre…

Source: Picsou Magazine